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13.05.2008
Je t'aime... moi non plus
Cette ville est vraiment unique. Quelle chance de grandir ici et de bénéficier de ses deux cultures imbriquées l’une dans l’autre. Tous (ou presque) les gens de mon âge sont bilingues, et c’est naturel ici. En gros, l’est de la ville est francophone, et l’ouest anglophone (sauf qu’à Montréal, l’est n’est pas vraiment à l’est, et l’ouest pas vraiment à l’ouest, mais ça c’est une autre histoire). Les deux cultures cohabitent, avec leurs influences différentes. Pourtant, c’est inévitable, elles s’entrechoquent.
Une de mes colocs me disait récemment qu’elle adorait le Canada, mais que s’il y avait un nouveau referendum, elle voterait sans hésiter pour l’indépendance du Québec. Il faut dire que les Québécois francophones sont vraiment attachés à leur racine, et à leur (notre) langue. Une véritable bataille est livrée en ce sens par les députés des partis souverainistes favorables à l’indépendance.
D’ailleurs, et c’est je crois passé inaperçu chez nous en France, une grosse polémique est née ces derniers jours ici, concernant le lancement des festivités du 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec. Ce matin, un journaliste du quotidien La Presse écrivait même ceci : « A aucun moment la polémique (…) n’a traversé l’Atlantique. Les Français, de toute manière, n’en auraient sans doute pas saisi tout le sel. » Il me semble pourtant avoir bien compris, alors je vais essayer d’expliquer tout ça clairement.
Lors du départ des festivités donc, jeudi à La Rochelle, la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, était présente. Sa venue a apparemment séduit les médias français et également notre cher président. Seulement ici, tout ça a eu du mal à passer. Michaëlle Jean, d’origine Haïtienne, est arrivée au Québec à 11 ans, et parle un français excellent. Mais là où le bât blesse, c’est qu’elle représente la couronne d’Angleterre, et donc plutôt la culture anglophone du pays ! Un comble pour les partis politiques québécois pro-indépendance, qui dénoncent l’absence de Jean Charest, premier ministre de la province, jeudi à La Rochelle. Lequel a répondu que la gouverneure générale était Québécoise, et qu’il ne voyait pas le problème. Mais pour le Parti Québécois, tout cela cache la volonté d’Ottawa de récupérer l’anniversaire du départ de Samuel de Champlain… Et donc que le Canada soit le principal bénéficiaire de l’événement, plus que ce satané Québec qui ne cesse de vouloir s’émanciper.
Le mari de Carla Bruni a de son côté ajouté un peu d’huile sur le feu. « Vous savez que nous, on est très proches du Québec, mais je vais vous le dire, on aime beaucoup le Canada aussi », a-t-il déclaré. En précisant aussi que la France n’entendait plus opposer ses deux amitiés, ses deux fidélités pour le Québec et le Canada, Nicolas a délivré un message que les Québécois (du moins les francophones) ont perçu comme un abandon. C’est sûr qu’il est loin, ce jour de juillet 1967, où le Général prononça ces mots du haut de l’Hôtel de Ville de Montréal : « Vive le Québec libre ! »
03:45 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
C'est politique ici on dirait. J'aime.
Bon, j'avais apprécié le "presque trop peut-être" dans ton billet saignant, mais je me suis délecté du "mari de Carla Bruni".
Cordialement
Ecrit par : Ziger | 14.05.2008

